samedi 12 avril 2008

Saga n°10

Chapitre 5 (suite)



Photo : Antoine Declerck. Source : Wikipédia.



Quand Georgia passa la porte de l'hôtel, il était déjà plus de 23h. Elle s'était levée tard, mais la journée était belle. Elle avait fait du shopping en se rendant parfaitement compte que faire les magasins pour se remonter le moral était une activité complètement clichée, mais il fallait bien avouer que c'était efficace. Après avoir acheté une ou deux paires de chaussures, on se sent beaucoup mieux.

Elle était allée sur la plage pour lire, mais s'était finalement mise à dessiner sur le sable. Elle avait dessiné un arbre avec de longues racines et une multitude de fines branches. Deux petits garçons avaient admiré son œuvre éphémère. Elle leur avait proposé de participer. Ils avaient tracé une maison et un soleil, des fleurs, de l'herbe. Pourquoi tous les enfants dessinaient-ils la même maison, le même soleil, les mêmes fleurs, les mêmes herbes ? Intérieurement, elle trouvait cela un tantinet effrayant.

Le soir, elle avait dîné chez Delaunay et noté le clin d'œil canadien dans la succulente poêlée de fraises au sirop d'érable. Elle s'était ensuite rendue au casino pour observer l'agitation des tables de jeux. Un jeune homme avait tenté de lui offrir un verre, mais elle avait refusé pour regagner l'intra muros.

En s'approchant de la réception, son regard tressauta.

Henri.

Henri était là.


- Henri ? Que... Qu'est-ce que tu fais là ?

- Je suis venu te voir...

- Oui, on dirait bien.

- Je me sentais coupable, j'ai eu des remords toute la nuit. Ce matin, j'ai sauté dans le train. Tu étais déjà sortie quand je suis arrivé. Le réceptionniste n'avait aucune idée de ton programme. J'ai marché un peu dans la ville, espérant te croiser. Vers 19h, je suis revenu ici avec l'idée que tu voudrais peut-être te changer avant de dîner, mais tu n'es pas passée. J'ai mangé dans la brasserie d'en face et je suis revenu t'attendre. J'aurais pu faire le tour des restaurants, mais j'étais fatigué...

- Henri, tu es fou. Pourquoi tu ne m'as pas téléphoné ? Mon portable était allumé toute la journée.

- Si j'avais téléphoné, je n'aurais pas eu le plaisir de voir la surprise s'afficher sur ton visage.

- Comment tu as su que j'étais descendue dans cet hôtel ?

- Quelques déductions... Tu m'as dit que tu étais à Saint-Malo pour les remparts, j'ai donc cherché dans la vieille ville. Je me doutais que tu choisirais un établissement ancien, pas quelque chose de trop moderne. A partir de là, j'ai passé une dizaine de coups de fil et me voilà. Ça ne te dérange pas, j'espère ?

- Non, ça me fait plaisir. Je suis encore sous le choc !

- J'aurais voulu t'emmener dîner quelque part...

- Oh, si tu veux on peut aller se promener un peu sur la plage, si tu n'es pas trop fatigué...

- J'allais justement te le proposer.


Ils me mirent en route. Georgia tenait Henri par le bras.


- Laure et Axel se sont séparés. Annonça-t-il.

- Ah, ce n'est pas ce que je voulais...

- Je sais, ce n'est pas de ta faute. Rien n'est de ta faute. Je crois qu'elle ne te portera jamais vraiment dans son cœur, mais je suppose qu'à présent elle ne pourra plus te détester. Sans transition, il enchaîna. C'est vrai que tu as fait un exposé sur les rideaux dans le roman ?

- Non, enfin oui. Pas que sur les rideaux. Sur le tissu en général.

- Ça présente un intérêt ça ?

- Parfois, c'est pertinent. Les tissus d'ameublement d'une pièce ou les vêtements d'un personnage peuvent en dire long.

- Ça ne semble tout de même pas très passionnant.

- J'ai eu 15 pour cet exposé, je me fiche que ça soit passionnant ou pas.

- Au fait, tu veux savoir la note sur Virginia Woolf ou pas ?

- Allez, tu meurs d'envie de me le dire depuis deux jours.

- On a eu 18 ! C'est super, non ?

- Oui, ça nous fait pas mal de points d'avance sur l'écrit, tant mieux. Comment va Agnès ?

- Bien, bien.

- Quand est-ce que tu lui offres un petit séjour à la mer ?

- Très bientôt.

- Je suis contente pour toi. Je te revois encore il y a quelques semaines te plaindre de ne jamais tomber amoureux !

- J'ai énormément mûri et c'est grâce à toi. Je peux t'assurer que, maintenant, j'arrive à ressentir tous les symptômes de l'amour... Le cœur qui bat à tout vitesse, le ventre noué, les mains moites... la totale !

- Je suis vraiment contente pour toi.


Ils avaient atteint les escaliers qui menaient à la plage. Ce fut là qu'elle la vit.

La table.

La table avec les fauteuils en velours, la nappe, le chandelier, les assiettes, la carafe. Il y avait même un vase muni d'une rose rouge. Un maître d'hôtel leur fit signe de la main.

Georgia se tourna vers Henri. Il lui souriait, un peu embarrassé. Elle était tétanisée. Henri, amoureux d'elle ? Non, il ne fallait pas, il ne devait pas. Il allait souffrir. Elle n'était pas la femme d'un seul homme. Elle aimait séduire, il le savait. Non, pauvre Henri, qu'est-ce qui lui prenait... ?


- Tu viens ? Murmura-t-il.

- Non, je ne peux pas. Et Agnès ? Henri, que fais-tu d'Agnès ?



À suivre...