mardi 8 avril 2008

Saga n°5

Chapitre 2 (suite)





- Allô ?

- Henri, c'est Laure, je te dérange ?

- Non, non... enfin, je passais l'aspirateur, tu as de la chance que j'ai vu le téléphone vibrer...

- Alors ce rendez-vous ?

- Bien, bien. On a sympathisé, c'était chouette.

- En fait, je viens de parler à Marjorie et elle m'a dit que sa sœur avait passé une très bonne soirée. Elle a même employé le mot "sexy" !

- Ah oui ? Tant mieux. On ne me dit pas ça souvent.

- Tu penses que tu vas la rappeler ?

- Oui, certainement, il y a de grandes chances.

- Oh, allez, Henri, ne me fais pas mariner comme ça, raconte-moi !

- Euh.. si tu y tiens. On est arrivé à l'heure, on s'est dit bonjour, on est entré, la table que j'avais réservée était un peu à l'écart, le cadre était joli. On a bien mangé. Le serveur était compétent...

- Henri, c'est pas vrai... Tu le fais exprès ?

- ... Oui !

- Tu deviens taquin, toi, maintenant ?

- Y a quelque chose de mal à ça ?

- Non, non. Tu veux vraiment pas me donner de détails ?

- C'est vrai qu'elle a de jolies rondeurs, ça te va comme détail ?

- Et puis ?

- Et puis, elle est drôle, elle a de très beaux cheveux...

- Elle te plaît ?

- Je ne suis pas du genre à décider ça au premier rendez-vous, mais disons qu'elle a le potentiel.

- Oh, que c'est excitant ! Si tu l'épouses, il faut que je sois témoin au mariage !

- Tu pourras même faire un discours et t'approprier tout le mérite de la rencontre... Et après ça, je te réserverai un place aux premières loges pour assister à la nuit de noces...

- Quoi ?!

- Laure, tu ne trouves pas que tu en as assez fait ? Il faut savoir s'arrêter, tu sais.

- Oui, tu as raison. Excuse-moi. Je vais te laisser passer l'aspirateur.

- Ok... au revoir.

- ... Attends, tu viens à l'anniversaire d'Olivier ?

- Oui, je dois lui confirmer. Tu crois que je peux amener une amie ?

- Une amie ? Tu veux pas plutôt amener Agnès ?

- Laure, tu recommences ! Non, je ne veux pas amener Agnès... Vous serez tous là à nous observer, ça va nous mettre mal à l'aise.

- C'est tout à fait vrai. Bon, oui, je pense que tu peux amener une amie, surtout si elle est célibataire, tu connais Olivier !

- Elle s'appelle Georgia et oui, elle est célibataire, mais je lui conseillerai de prétendre qu'elle ne l'est pas...

- Judicieux conseil. A bientôt, Trésor !

- A bientôt.



Chapitre 3




Olivier était beau et surtout beau parleur. C'était un ami exemplaire mais un exécrable amoureux. Il promettait tout et sa parole ne valait rien. Une pléiade de jeunes femmes gravitaient autour de lui en permanence, chacune étant persuadée qu'elle serait celle qui le ferait changer. Il occupait seul, à proximité de la rue du Commerce, un vaste appartement qui lui venait de ses parents. Il y perpétrait les soirées les plus extravagantes.

Ses anniversaires, en particulier, étaient des plus excessifs. Une année, il avait choisi le thème hawaïen, déversé du sable de chantier dans son salon, loué des transats, installé une piscine gonflable puis imposé le dress-code "noix de coco et feuilles de bananier" pour les filles et " short de bain fleuri" pour les garçons.

Pour ses 22 ans, il avait intitulé l'événement "Confidences dans le boudoir" et exigé que tous se déguisent à la mode de Louis XIV. Il avait même prévu un quatuor à cordes. La location d'un costume étant par conséquent quasiment obligatoire, il n'attendait pas de cadeaux. Les résidents de son quartier s'étonnèrent un moment du flot de courtisans emperruqués qui entraient dans son immeuble, mais ils en avaient vu d'autres.

Henri se fraya un chemin, parmi les crinolines et les rubans, jusqu'à son groupe d'amis déjà en pleine discussion :


- Vraiment, celle-là, je peux pas la sentir ! Elle sait toujours tout mieux que tout le monde, elle est toujours au premier rang, elle pose trop de questions... Je pense que même les profs la supportent pas ! S'échauffait Laure.

- Ah, et tu te souviens de son exposé sur la couleur des rideaux dans les romans, ou quelque chose dans ce goût-là ? Renchérit Axel.

- Oui ! C'était mortel, d'un ennui mortel... qu'est-ce qu'on en a à faire des rideaux, non mais franchement ?

- Désolé, je débarque, mais vous parlez de qui ? S'immisça Henri.

- D'une cruche qui est dans notre cours de Littérature. Elle est imbuvable !

- Moi, dans mon cours d'Anglais, y a un type, il me fait presque pitié. Raconta Christophe. Il a des problèmes de prononciation en français, et anglais, c'est dramatique. Du coup, la prof, dans l'espoir de l'améliorer, le fait lire à haute voix aussi souvent que possible et c'est une torture auditive pour nous, doublée d'une torture tout court pour lui.

- En Ancien Français, y a une fille qui se maquille dans l'amphi. Pas juste un peu de rouge à lèvres, non, elle emmène sa trousse à maquillage et elle nous fait la totale : fond de teint, poudre, correcteur, blush, mascara, fard à paupières, gloss... et que sais-je encore... Une fois, elle s'est même épilé les sourcils ! S'exclama Marjorie.

- Bon, enfin, cette fille du cours de Littérature... Reprit Laure. Non seulement elle se prend pour un génie, mais en plus, c'est une salope.

- Ouh, des ragots, j'adore ! Gloussa Marjorie.

- Déjà, il paraît qu'elle a couché avec un chargé de TD, l'an dernier. Monsieur Briarois*, si vous connaissez... ?

- Je l'ai ce semestre, en Grammaire. Il a la trentaine, il est un peu roux, châtain-roux ? Décrivit Henri.

- Oui, c'est ça. Y a des étudiants qui les auraient aperçus dans un restaurant, mais la rumeur n'a jamais été confirmée.

- Oh, Laure, ne fais pas ta Mère-la-morale, qu'est-ce que ça peut te faire qu'elle soit ou non sorti avec un chargé de TD ? Tempéra Christophe.

- Mais voyons, ça se fait pas ! Tu imagines si elle fait ça avec d'autres profs ? Ça expliquerait ses résultats... En plus, c'est pas tout. Elle a fait du charme à Axel, alors que n'importe qui dans cette fac sait très bien qu'Axel et moi sommes ensemble ! Tout le monde le sait, même les femmes de ménage !

- Quand ça ? Demanda Henri.

- A la soirée de Noël... L'éclaira Axel. Laure avait une angine, mais elle m'a dit que je pouvais y aller sans elle. Je dansais tranquillement...

- Tu ne danses pas "tranquillement", Axel, tu gesticules. Commenta Christophe.

- Je "gesticulais" tranquillement quand cette fille s'est approchée de moi. Poursuivit Axel. Elle a commencé à me coller, à m'aguicher...

- Oh, pauvre Axel, aguiché par une fille ! Se moqua gentiment Marjorie.

- C'était déstabilisant ! Je savais pas comment m'en débarrasser...

- Et donc ?

- Et donc, je suis allé me planquer aux toilettes et quand je suis revenu, elle s'était attaquée à quelqu'un d'autre...

- Vous savez où est Olivier ? Interrompit Henri. J'ai pas encore vu son costume...

- Il est sur le balcon, je crois. Cherche un mec en brocard fuchsia ! Lui indiqua Laure.

- Ah ! mon téléphone, ça doit être Georgia... Je vais lui donner le code... Henri s'éloigna.


Quelques instants plus tard, il réapparut, Georgia à ses côtés, déguisée en garde suisse.


- Bonsoir tout le monde, je suis désolée pour le retard, le costume que j'avais réservé était trop petit, du coup, j'ai dû faire quelques sacrifices... et abandonner mes rêves de princesse. Expliqua Georgia.

- Ne t'en fais pas, ça te va très bien. Assura Marjorie.

- Henri, tu viens ? J'ai besoin de quelqu'un pour m'aider avec le gâteau. Le pria Laure avec fermeté.


Elle l'entraîna quasiment de force vers la cuisine et lâcha, cramoisie :


- C'est elle !
- Elle ? Qui ça, elle ?
- La fille du cours de Littérature, la fille qui a dragué Axel, c'est elle ! C'est ta fameuse Georgia !



À suivre...


* Ce patronyme a été modifié pour éviter toute confusion avec des personnes réelles.