Chapitre 3 (suite)
- Bon, alors qu'est-ce qu'on fait ? Se ressaisit Laure.
- Comment "qu'est-ce qu'on fait" ?
- Tu m'excuseras mais j'ai aucune envie de faire des politesses à une connasse qui a essayé de se taper mon mec !
- Mais enfin, Laure, je t'ai dit au téléphone qu'elle allait venir ! Tu aurais pu me dire que tu la détestais !
- J'étais censée me souvenir du prénom de cette gourdasse ! Je devrais tenir un carnet des prénoms de tous les gens que je méprise ?! Glenda, Joanna, Maurice... Qu'est-ce que j'en ai à foutre de comment elle s'appelle !!!
- Je suis désolé, je...
- Tu te débrouilles comme tu veux, mais tu la fais partir !
- C'est pas possible, elle vient juste d'arriver !
- Henri, tu m'écoutes ?! Je te dis que cette fille est une petite salope prétentieuse. Comment tu peux traîner avec des gens comme ça ? Ça me déçoit de ta part.
- Avec moi, elle est très gentille.
- Elle a couché avec ton prof de Grammaire !
- Laure, tu t'emportes... C'est ridicule...
- Henri, s'il te plaît, je te le demande comme une faveur. Tu es mon ami, je t'aime énormément, fais-le pour moi, fais-la partir. Ou c'est c'est moi qui m'en vais ! Je ne peux pas rester dans la même pièce que cette fille, c'est viscéral. Je dois déjà la supporter en cours sans qu'en plus ...
- D'accord... je vais faire ce que je peux, calme-toi. Mais après le cadeau d'Olivier, je le lui ai fait signer en arrivant.
- Parfait. Merci beaucoup. Merci. Tu es vraiment un ami.
- D'ailleurs, je pense qu'il est temps de le mettre dans son cadre...
- Je m'en occupe tout de suite. Toi, va éloigner ta "copine" de mon mec. Laure ne cachait pas son profond dédain.
En guise de surprise, chaque convive avait signé, laissé un petit mot, voire un dessin, sur un grand panneau d'un mètre sur cinquante centimètres, panneau que Laure s'affairait à encadrer dans le bureau. Le présent fut remis au Roi Soleil en grande pompe, juste après la cérémonie d'extinction des bougies. Dès que les groupes se furent reformés et que les conversations eurent reprises, Henri murmura à l'oreille de Georgia d'une voix neutre : " Je m'ennuie, on va finir la soirée chez moi... "
Ils prirent leurs manteaux puis le métro, sans un au revoir, et restèrent silencieux, le trajet durant. Georgia fixait Henri, Henri fixait ses pieds. Ce ne fut qu'en pénétrant dans le studio peu décoré que Georgia se lança :
- Je peux savoir ce qui se passe ?
- Rien.
- Tu m'invites à une soirée d'anniversaire et on y reste même pas une heure... ?
- Je m'ennuyais.
- Tu me proposes de finir la soirée chez toi, je dois comprendre quelque chose ? Tu es tellement... énigmatique.
- Ça te dérange d'être ici ? Je ne t'ai pas forcée.
- Qu'est-ce que c'est que ce ton ? Qu'est-ce que j'ai fait ? Je me suis excusée pour le retard et pour le costume... Tu ne vas pas en faire toute une histoire, si ?
- Non.
- Henri, parle-moi.
- Non.
- Henri, je t'en prie. Ton comportement est blessant.
- Le tien aussi.
- Le mien aussi ?! Je ne sais même pas ce que tu me reproches !
- Tu m'as déçu, mais j'ai pas envie d'en parler pour l'instant.
- Henri Dubriez, félicitations ! Pour la première fois de votre vie, vous être quelqu'un de méchant !
- J'aimerais être seul.
- Mais c'est avec joie que je vais claquer cette porte ! Tant mieux si l'immeuble s'écroule !
Georgia joignit le geste à la parole. Dans la rue, elle fondit en larmes.
À suivre...



