mardi 30 septembre 2008

La Seine


Dans la série des " À 16 ans, j'écrivais cela" ...




Photo : JH Mota. Source : Wikipédia.





Une péniche suit le cours
De mes souvenirs lointains
Sur les berges d'Hardricourt
Je revois les bleus du matin

La Seine était écumée
De longues franges qui s'offraient
Au terreau meuble du rivage
La brume jouait dans les fumées
Le vent se grisait de l'air frais
Un saule berçait son feuillage
Dans l'eau triste et nuancée
De l'automne qui s'annonçait

Une péniche suit le cours
Du fleuve et de mes pensées
Des vagues brunes fronçaient
L'étendue des ondes sombres
Je revois le brouillard qui court
Sur les flots où les jeux d'ombres
Emaillent l'eau mélancolique

Et la péniche suit le cours
De ma mémoire nostalgique

dimanche 21 septembre 2008

Rafael


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J'ai un amour qui est mort. Pas mort métaphoriquement. Mort pour de vrai, décédé, si vous préférez. Peu de gens le savent. Cette perte est intervenue dans des circonstances très particulières, un contexte de guerre - oui... de guerre... - et j'ai dissimulé cet événement dans une petite boîte, pendant plus de 5 ans. Pourtant, j'ai toujours eu le sentiment que cette personne depuis l'au-delà, si l'au-delà existe, veillait sur moi. Et si, souvent, intérieurement, je me suis adressée à elle, j'avais envie, cette fois, de le faire par écrit. Lui écrire une lettre.

C'était mon premier amour.



Cher Rafael,


J'ai passé du temps à oublier les détails. Minutieusement. Je me souviens de nous, de notre rencontre, de tes premiers mots, de nos premières fois. Mais ta mort, il se trouve que je ne m'en souviens pas. Le temps fait son travail et je ne veux pas le retenir. Le jour de ta mort ? La ville ? Les circonstances exactes ? Il m'arrive de douter de l'année...

J'avais 15 ans, lorsque l'on s'est rencontré. Enfin non, pas tout à fait. C'était en juillet, nous étions sur cette île, à la campagne... Cette île mystérieuse de la Seine, sans pont et sans voiture, où nos parents possèdent des chalets. Nous étions au bord de la piscine. Tu me regardais. Tu avais 17 ans. Je me souviens du soleil, du claquement régulier des balles contre les raquettes sur le court attenant, de l'eau argentée, du vent un peu trop frais. Et nous avons plongé, toi et moi, en même temps, vers une collision attendue. Une collision pour premier contact... Après quelques longueurs, tu es revenu vers moi pour me dire : " Tu as fait bobo à mon cœur... "

Comme souvent, lorsque l'on tombe amoureux de moi avant que, moi, je ne m'avoue que je suis tombée amoureuse, je me suis mise en colère. Une réaction de défense tout à fait idiote. Je t'ai gratifié d'un regard méprisant et je suis retournée lire sur mon transat pour t'ignorer ostensiblement.

Le soir, tu es revenu me parler, aux abords de cette même piscine. Du moins as-tu essayé de m'arracher quelques mots...

Après dîner, j'avais pour habitude de me promener à vélo en écoutant de la musique. C'était le moment que tu choisissais pour continuer à m'aborder sans cesse. Mon orgueil et ma vanité ont fini par s'étioler. Je me souviens de tous ces crépuscules amassés, de tes efforts, de ma cruauté (que je réprouve désormais, mais je l'ai dit, j'avais 15 ans ; l'humilité, quand ce n'est pas acquis, ça s'apprend), de ton sourire dans la détresse.

Tu me manques... Dans mes moments difficiles, c'est à toi que je pense. Tu es ma source. Tu m'aides à avancer. En toi, j'avais trouvé une âme qui complétait la mienne. Et nous avions ensemble toutes ces petites lubies qui nous rendent plaisamment étranges aux yeux des gens. Les ombrelles du jus d'orange. Les tomates. Les yaourts.

Longtemps, j'ai nié ton existence. Plus tard, j'ai nié ta mort. Je t'ai même, quelques fois, inventé une vie. Je rétablis la vérité. Tu as été. Je t'ai aimé. Tu n'es plus, mais je garde au fond de moi, précieusement, celui que tu as été.

Des esprits malveillants, tordus, torturés, t'ont pulvérisé dans l'air en milliers de particules.

Et j'imagine cette pluie de chairs.

mardi 2 septembre 2008

Le facteur de Saint-Aubin-des-Chaumes


L'année de mes 16 ans, j'écrivais cela :




Ile de la Réunion



Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne, je tournerai la clef de ma petite camionnette jaune, toute gonflée de courrier. Et j'irai par la forêt, j'irai par la montagne, le distribuer. Demain, je sais que quelque chose aura changé, que quelque chose en moi aura trouvé le repos.

***

Je connais la route par coeur, le village est petit. Madame Ventoux sait qu'elle lit les nouvelles à peu près quarante minutes avant Madame Harriet. Et si, comme c'est souvent le cas, l'envie prend Madame Ventoux de taquiner Madame Harriet, elle lui téléphone. De sa voix vieillie, elle s'exclame : " Ma chère, vous avez vu ? C'est terrible, n'est-ce pas ? De nos jours, c'est scandaleux ! J'espère bien qu'on va l'arrêter ! " Bien sûr, elle ne laisse pas à Madame Harriet le temps de la questionner : " Nous nous verrons dimanche, à l'église. Au revoir. " Puis elle raccroche. Elle sait que Madame Harriet s'arrache les quelques cheveux que son âge épargne encore. Je crois qu'un jour je commencerai ma tournée par la boîte aux lettres de Madame Harriet. Qu'elle tienne sa vengeance, ne serait-ce qu'une fois...

J'aime mon petit village, quand les rues sont encore vierges et s'offrent à moi, que les portes sont encore closes et les foyers endormis. Il n'y a que Madame Ventoux pour se précipiter sur le journal. Les autres restent sous leur duvet quelques heures encore. A sept heures, quand la chapelle agite ses cloches, ils se réveillent en sursaut et quittent sans grand entrain leur retraite confortable. Sept heures, c'est pour moi l'heure de la pause. Je m'assieds à la fenêtre de L'Auberge Dupré, où Monsieur Dupré me sert mon café et mes trois croissants du matin. J'ai fini mon tour et je regarde le village s'animer doucement. À Saint-Aubin-des-Chaumes, il y a, en réalité, quatre personnes que les cloches ne réveillent pas, à savoir Madame Ventoux, Monsieur Dupré, Monsieur Vernant, le boulanger, et moi, le facteur. Monsieur Vernant et Monsieur Dupré se lèvent tôt, tout comme moi, à cause de leur travail. Monsieur Vernant pétrit son pain avant les premiers rayons. Il livre les croissants et les brioches à Monsieur Dupré aux alentours de six heures trente. Monsieur Dupré rentre à peine du marché de Nuars et Monsieur Vernant l'aide parfois à décharger ses cageots. L'Auberge Dupré est un restaurant assez fréquenté, hiver comme été, par les touristes de Vezelay qui s'y arrêtent pour déjeuner. Le soir, elle accueille ceux qui n'ont pas trouvé à se loger à Vezelay, Saint-Père ou Fontette. Ce brave Monsieur Dupré se félicite d'être cité dans nombre de guides.

***

Les habitants me connaissent bien, je vis ici depuis trente ans. Mais je ne suis pas tout à fait des leurs. Je suis né dans une petite île de l'Océan Indien, et mon père était facteur, lui aussi. Il était facteur à pied, à l'époque, dans les hauts. Maintenant, il n'y a plus beaucoup de facteurs à pied, et mon père est mort. Il a glissé d'une corniche, après une forte pluie. On a retrouvé son corps brisé, plusieurs centaines de mètres plus bas. Il avait toujours sa sacoche en bandoulière. Moi, j'avais 17 ans et naturellement cette image est imprimée dans ma mémoire. Il tenait sa sacoche pressée contre lui. On ne peut pas dire que c'était par conscience professionnelle. Mon père n'aimait pas particulièrement son métier. D'ailleurs, si on lui avait proposé de travailler en ville, il aurait volontiers accepté. Mais il avait un certain rapport à l'écriture qu'il m'a transmis. Pour lui, le courrier avait une âme. Il était le témoin d'une parcelle de vie.
Dans les lieux les plus reculés, mon père était à la fois facteur et boîte aux lettres : il distribuait le courrier dans les ilettes et récupérait les enveloppes à transmettre. Dans sa sacoche, le jour de sa mort, les gendarmes ont oublié une lettre qui s'était blottie dans le revers du cuir. C'est moi qui l'y ai découverte. Elle portait l'inscription :

Lucienne Girolles
12, rue du Lavoir
89 *** St Aubin-des-Chaumes.
FRANCE

Évidemment, le jeune optimiste que j'étais se jura solennellement qu'il remettrait un jour cette lettre à sa destinatrice, en main propre. On fait tous des serments stupides à cet âge-là. Le temps passa sans que je perde ma promesse de vue. Je devins préposé des postes. J'insistai pour que l'on me mutât à Auxerre, ce que l'on fit. D'Auxerre je voulus exercer à Avallon, puis et enfin à Saint-Aubin-des-Chaumes. Dans la salle exiguë que l'hôtel de ville alloue aux archives, je passai des heures à la recherche de cette Lucienne, qui m'avait-on affirmé n'avait jamais vécu à Saint-Aubin. Madame Ventoux avait été la première à me l'assurer.

" Lucienne Girolles, vous dites ? Lucienne, vous êtes sûr ? Non, non. Je vis ici depuis 1940, il n'y a jamais eu de Lucienne Girolles au village ... pas à ma connaissance. Pourrais-je avoir mon journal ? Et mon courrier ? Bonne journée, jeune homme. "

On me tint partout le même discours. Il y avait bien eu un Monsieur Girolles au village, 12 rue du Lavoir, mais pas de Lucienne dans son entourage. Ce qui était très étrange, c'est qu'il n'y avait pas eu une seule Lucienne dans tout le village depuis 1898. Je ne lâchais pas l'affaire. Il me semblait qu'il s'agissait d'un dernier hommage à mon père. Je cherchai au cimetière. J'y glanai des renseignements intéressants, mais sans rapports avec mon enquête. Je tombais par hasard sur la sépulture du mari de Madame Ventoux, décédé à 39 ans à peine ; sur celle du cadet de Monsieur Vernant, mort-né. Il y avait eu également un crime sordide en 1967. Deux petites filles avaient été assassinées par leur mère qui s'était ensuite jetée dans l'Armance, près de Neuffontaines. On avait eu la sombre idée de les enterrer ensemble. Cependant, pas trace de Lucienne. J'étendis donc mon secteur d'investigations aux villages voisins : Bazoches, Charency, Nuars, Saint-André-en-Morvan, sans succès.

Au fil des mois, ma fièvre s'estompa, je me mariai avec Eudille. L'énigme persistait toujours, quelque part dans ma tête, mais je voulais vivre, construire. Notre fille unique aura 24 ans dans un mois. Elle habite Auxerre avec un jeune artiste plutôt douteux. Ma femme a rejoint le cimetière depuis bientôt cinq ans. Elle en avait peut-être assez de m'entendre ressasser un prénom qui n'était pas le sien : Lucienne. Néanmoins, ma vie s'était organisée autour de mon travail et de ma famille. Au village, sur la place, il y avait une maison que nous convoitions : des pierres de belles dimensions, des cheminées en briques, de larges ouvertures. Son propriétaire, Monsieur Girolles -- quelle ironie ! -- avait trépassé. Nous achetâmes la bâtisse à ses petits-enfants et nous installâmes. Et, c'est dans le grenier de notre maison que j'ai percé, hier, après 20 ans sous ce toit, le fameux mystère de Lucienne Girolles.

***

Dans une caisse rouillée en fer blanc, sous une pile de livres et de vêtements, j'ai découvert une lettre. Je ne sais comment elle est arrivée là. Elle appartenait à l'ancien propriétaire, mais ce qui m'étonne, c'est qu'Eudille, si maniaque, ait conservé cette malle rouillée. Peu importe.


Mon cher Pierre,

Je suis au regret de refuser ta demande, qui m'a cependant beaucoup flattée. Je t'estime énormément et souhaite que tu ne m'en tiendras pas rigueur. Mais notre jeunesse est passée, nous avons nos enfants de précédents mariages et nos habitudes de veufs endurcis. Désormais, j'aime trop la liberté pour aimer de nouveau un homme. Pardonne-moi.

Avec toute mon amitié, Julienne.


Et voilà, je venais de comprendre. Il n'y avait jamais eu de Lucienne au village, mais une Julienne. Et cette Julienne, je la connaissais. En relisant l'adresse sur l'enveloppe de la sacoche de mon père, je ris de ma méprise. Il faut tout de même admettre que la petite écriture empâtée m'excuse à moitié. Ainsi, Monsieur Girolles, dont j'occupe aujourd'hui la maison, avait demandé Julienne en mariage. Elle a décliné l'offre et n'est pas devenue Mme Julienne Girolles. Pourtant, quelqu'un dans une ilette perdue de l'île de la Réunion en était persuadé au point de lui écrire à ce nom. L'énigme de ma vie venait de trouver sa solution, et je dois avouer qu'elle me décevait un peu. J'avais imaginé une fin plus extraordinaire. Consacrer plusieurs années à la recherche d'une Lucienne, à cause d'une patte de mouche, n'a rien de glorieux.
Toutefois, une multitude de questions annexes surgissaient et seule Julienne pouvait y répondre.

***

Je m'invitais chez elle pour le thé. Julienne Ventoux adore le thé et les tartes.

" Peut-être prendrez-vous une part de tarte au citron ?
- Non, merci. En réalité, je ne suis pas venu vous demander à quelle saison tailler mes rosiers ... En fait, je suis venu ...
- Pourquoi donc êtes-vous venu ?
- Eh bien voilà : quand mon père est mort, j'ai trouvé une lettre dans sa sacoche -- il était facteur -- et elle était adressée à une certaine Lucienne Girolles ...
- Lucienne Girolles, oui, je m'en souviens, vous m'en aviez parlé, il y a bien longtemps déjà... Le temps file, mon jeune ami !
- Cette Lucienne Girolles ... Je crois que c'est vous.
- Oui, c'est exact, c'est bien moi. J'aurais pu devenir Madame Julienne Girolles.
- Quoi ? Vous saviez depuis le début ?!
- Non, oh, non, rassurez-vous.
- Mais alors ?
- Il est vrai que ce nom m'a un peu amusée. Lucienne Girolles, il avait une consonance qui m'était familière. C'était amusant, mais pas significatif.
- Toutes ces années et c'était vous ?
- Oui ... C'est drôle, n'est-ce pas ? Mais, attendez, vous n'êtes pas au bout de vos surprises. Figurez-vous que c'est Eudille qui a tout découvert la première.
- Eudille ? Ma femme ? Comment ?
- Lorsqu'elle a nettoyé la maisonnette de feu Monsieur Girolles, il y a des années de cela, pour que vous y emménagiez, elle est tombée sur une lettre.
- Votre lettre !
- Ma lettre de rupture, c'est cela. Elle a immédiatement compris, comme vous. C'était si bête ! Elle est venue me voir, tout comme vous.
- Eudille, mais je ne peux pas le croire, elle m'aurait menti pendant tout ce temps ?!
- Pas le moins du monde. Vous ne lui avez jamais demandé si elle connaissait Lucienne Girolles.
- Non, mais je lui en ai parlé très souvent. Elle savait que c'était important pour moi, un hommage à mon père ...
- Vous ne lui avez pas posé la question.
- Non.
- Donc, elle ne vous a pas menti. Et croyez-moi, si vous l'aviez fait, elle vous l'aurait dit.
- C'est incroyable. Ma vie vient d'atteindre son but et vous savez quoi ...
- Vous êtes déçu.
- Oui. Il y avait un mystère dans ma vie, j'avais l'impression de mener une existence différente. Je cherchais quelqu'un. Maintenant, je me rends compte que l'énigme n'en était pas une, que tout le monde savait sauf moi. Je me sens ridicule ... et vide. Mais pourquoi Eudille ne m'a-t-elle rien dit ?
- Vous le savez pertinemment, au fond de votre cœur : c'était trop important pour vous. Elle avait conscience que c'était là l'unique but de votre vie : me trouver. Quelle femme voudrait briser le rêve de son mari ?
- Aucune.
- Et surtout pas la vôtre ! Elle souffrait de ne pas être votre unique raison de vivre, mais une femme qui aime endure bien des choses ... Toutefois, elle avait deviné que vous viendriez me voir.
- Comment ?
- Elle avait laissé la lettre suffisamment en évidence.
- Au fond d'un coffre rouillé ?
- Si elle l'avait mise sous vos yeux, vous ne l'auriez jamais vue !
- C'est vrai, oui ce n'est que trop vrai. Elle a bien fait de la mettre dans la malle. C'était vraiment l'endroit où elle pouvait être sûre que je finirais par fouiller ... Par curiosité.
- Votre plus vilain défaut.
- Mais que vais-je faire à présent ...
- A présent que tout est fini ?
- Oui. Je vous ai trouvée. J'ai pleinement réalisé l'objectif de ma vie. Je suis allé au bout des choses. Que me reste-t-il ?
- Pour commencer, me remettre ma lettre serait une bonne idée.
- Oh, mais oui, j'oubliais ! Attendez une minute, je l'ai dans la poche ... Tenez, la voici.
- Bien, je vous remercie. Puis-je vous raccompagner jusqu'à la porte ?
- Mais vous n'allez pas me la montrer, me la lire, m'expliquer ?
- Non. Vous aviez plus de trente ans, pour la lire.
- Mais je ne lai pas fait !
- Pourquoi donc ?
- Parce que c'était personnel, que ...
- C'est toujours personnel, jeune homme -- quoique vous fassiez largement vos trente ans de plus. Vous voulez emporter une part de tarte ?
- Oui, vous avez raison. Cela ne regarde que vous. Ainsi, je ne saurai jamais qui vous l'a écrite. Non, pas de tarte, merci.
- Vous avez tort, elle est excellente.
- Vous ne voulez pas me le dire ?
- Non.
- Vraiment ?
- N'insistez pas, je suis aussi têtue que vous êtes curieux.
- Alors, je veux bien une part de tarte.
- Ah, vous voyez ! Vous m'en direz des nouvelles ... "

Et l'histoire ici se clôt, sans fin spectaculaire, sans révélations époustouflantes. Un dénouement classique. Pourtant, s'il y a une chose que je suis heureux d'avoir apprise sur cette terre, c'est ceci : Il n'y a pas de grands mystères, il n'y a que des grands rêveurs.

***

C'est décidé demain, dès laube, à l'heure où blanchit la campagne, je ferai ma tournée à l'envers et j'irai distribuer le journal de Madame Harriet, bien avant celui de Julienne Ventoux. Et je mangerai mes croissants de sept heures, un village s'éveillant sous mes yeux, avec la satisfaction du travail accompli.